Que penser des marchés ? (2 avril 2016)

Si la fin 2015 avait été houleuse, le début de cette année s'est avéré une véritable tempête. Le mauvais temps s'est pourtant un peu calmé. Accalmie passagère ou répit avant un nouveau coup de tabac ? Les sources d’inquiétude sont multiples.

A commencer par le ralentissement économique généralisé. Les pays émergents continuent à souffrir avec une Russie et un Brésil en récession, tandis que la Chine a enregistré l’an dernier son plus faible taux de croissance depuis 1990 (un +6,9% tout de même enviable). Mais les États-Unis commencent aussi à inquiéter.

Quant à la chute des cours du pétrole, outre ses conséquences sur l’économie des pays producteurs, cet effondrement sème aussi le trouble sur le secteur bancaire qui, dans un contexte économique ralenti, pourrait souffrir des défaillances de sociétés pétrolières.

Enfin, dernier élément d’inquiétude : la marge de manoeuvre désormais restreinte des Banques Centrales, qui ont déjà grillé une bonne partie de leurs cartouches.

Face à ces secousses, comment réagir ? Que faire en Bourse ? Comment dépasser le pessimisme et l'aversion au risque consensuels ?

1 – La récente chute des marchés ne devrait être qu'une « folie passagère » et exagérée, le réalisme finissant tôt ou tard par reprendre le dessus.

2 – Les Français sont moins intéressés par la Bourse depuis la crise de 2008/2009 : toutes les études le confirment. Mais la correction peut être l'occasion de revenir sur des marchés à prix cassés.

3 – Les arguments pour revenir en Bourse sont puissants : une nouvelle année d'assouplissement monétaire en Europe ; des rendements des placements défensifs en baisse alors que les actions restent attrayantes, les risques étant exagérés par des investisseurs nerveux. Alors que de nombreux experts recommandent de surpondérer les actions.

« La violence de la correction actuelle sur les marchés a pris de nombreux acteurs par surprise, nous y compris », reconnaît Matthieu Grouès, Directeur des Gestions chez Lazard Frères Gestion. Il évoque quatre « peurs injustifiées » : craintes d'un effondrement de la croissance chinoise, peur d'une récession aux États-Unis, perspectives d'une nouvelle crise bancaire comme en 2008, plongeon des cours du pétrole …

« En ce début d’année, c’est peu dire que les marchés chinois font preuve d’une extrême nervosité et force est de constater que celle-ci se propage indifféremment à l’ensemble des marchés mondiaux, à la faveur de doutes persistants sur la croissance chinoise. Il est à notre avis fort probable que ce contexte perdure en 2016 », estiment les analystes de Fidelity, qui conseillent pourtant de renforcer les positions sur les actions à la faveur de la correction actuelle, à leurs yeux excessive. Car la chute des marchés actions chinois de Shanghai et Shenzhen (les actions de catégorie A) a un effet de contagion sur le reste du monde qui n’est pas justifié. Ces marchés d’actions de catégorie A sont en effet avant tout des marchés largement dominés par les investisseurs particuliers chinois.

Même son de cloche chez Pictet : « les craintes de récession aux États-Unis nous semblent exagérées et l’économie chinoise, dont le ralentissement marqué est en grande partie responsable de la baisse des marchés, commence à se stabiliser progressivement, notamment dans le bâtiment et l’automobile » analyse Frédéric Rollin, conseiller en stratégie d’investissement. « Les actions apparaissent notablement moins chères que les obligations: le rendement du dividende des actions est pour la première fois deux fois plus élevé que celui des obligations d’État » souligne-t-il.

Les banques européennes ont beaucoup souffert en bourse sur les derniers mois, notamment à cause de taux d'intérêt très bas réduisant leurs possibilités d'augmentation des marges et leur exposition au pétrole. Mais cette situation est loin d'être comparable à la crise des subprimes de 2008, partie des États‑Unis et qui avait affecté toutes les banques mondiales.

Quant au pétrole, si les niveaux actuels semblent proches des plus bas selon la plupart des experts, l'effet positif sur les consommateurs occidentaux devrait désormais jouer. La baisse du brut revient en effet à un transfert de revenu d’agents à faible propension à consommer (pays exportateurs de pétrole) vers des agents à plus forte propension à consommer (ménages américains et européens).

1 - DE BONNES NOUVELLES LAISSÉES DE COTÉ

Les investisseurs ignorent pourtant pour le moment les bonnes nouvelles ou interprètent négativement les nouvelles économiques. Les actions sont attrayantes, mais les statistiques de collecte de fonds n'affichent pas d'envolées, même si le positionnement global des allocations privilégie toujours les actions - notamment européennes et japonaises - au détriment des obligations qui sont largement sous-pondérées.

« L’année 2015 a marqué une vraie rupture pour les épargnants français. Ces derniers ont pris conscience du nouveau référentiel de taux très bas qui s’impose à eux et de ses impacts en termes de rendement sur les produits d’épargne classique », souligne une étude de Natixis de septembre dernier. Dans un environnement de taux bas, voire de taux zéro, les personnes interrogées par la banque prennent visiblement conscience que les rendements de plus de 5 % appartiennent au passé. La majorité (52 %) des épargnants estime qu’un placement rentable se situe aujourd’hui entre 3 % et 5 %, sachant que « dépasser les 3 % par an constitue pour eux un cap », note l’étude.

Pourtant, les grandes banques et les sociétés de gestion anticipent des rendements de l'ordre de 8 à 10 % pour les actions européennes (et japonaises) cette année, Cholet Dupont anticipant même supprimer 15 % ... alors que 2016 risque d'être encore chahutée et hantée par le spectre d'un effondrement de l'économie chinoise.

2 - QUELLES ALTERNATIVES ?

Les français se sont moins intéressés à la Bourse depuis la crise de 2008/2009, les titres en direct ayant été plus affectés que les OPCVM, selon la dernière étude de l'INSEE sur le patrimoine, pour se tourner vers des produits sans risque comme le Livret A ou le PEL et les fonds en euros d'assurance vie. Début 2015, 94 % des ménages français possédaient un patrimoine financier, immobilier ou professionnel. Près de six ménages sur dix détenaient au moins un actif financier autre qu’un compte‑chèques et au moins un bien immobilier. Et entre 2010 et 2015, les ménages ont délaissé les valeurs mobilières au profit de placements financiers peu risqués.

Mais la baisse des taux d'intérêt tire vers le bas les rendements de l'assurance vie et des livrets défiscalisés, qui ne rapportent plus grand chose. Depuis le 1er février, le taux du PEL est descendu à 1,5 %. Cette baisse intervient après celle du Livret A, le 1er août dernier, tombé à 0,75 %. Il faut donc trouver du rendement pour son épargne. Aujourd'hui 16,5 % des ménages détiennent des valeurs mobilières et 11 % seulement un compte titre.

Indéniablement, la confiance dans la Bourse a reculé. L’Indice mondial de la confiance des investisseurs de State Street a reculé à 108,8 en janvier, en baisse de 1,7 point par rapport à décembre. Le recul de la confiance résulte d’une baisse de 110,5 à 108,8 de l’indice de la confiance en Amérique du Nord, ainsi que du repli de 1,5 point de l’indice en Asie, mais de 0,1 point seulement de l’indice en Europe.

En France, certains investisseurs particuliers sont tétanisés : « les investisseurs qui ont un petit portefeuille ne font pas grand‑chose : ils attendent. Ils ont vu une hausse de leurs actifs au premier semestre de l'an dernier … et depuis ca patauge » analyse Aldo Sicurani, le Délégué Général de la F2iC, la Fédération des Investisseurs Individuels et des Clubs d'investissement. « Ils ne comprennent pas pourquoi la baisse du pétrole fait plonger les actions, alors que les coûts des entreprises baissent », poursuit-il.

Pour Didier Saint Georges, membre du Comité d'Investissement et Managing Director de Carmignac Gestion, l'environnement est certes compliqué, que ce soit sur les marchés obligataires ou actions : mais "2016 est l'année du singe : il faut essayer d'être malin, mais prudent" conseille-t-il. « La faiblesse de l’euro, le soutien de la BCE, des politiques d’austérité en recul, les premiers effets des réformes structurelles et le prix du pétrole vont soutenir le redémarrage de la croissance européenne, malgré les forces contraires qui subsistent (Chine, montée de la menace terroriste, crise des réfugiés) », estime pour sa part Frank Hansen, CIO Small et Mid Caps Europe chez Allianz.

Tous les investisseurs particuliers n'ont pas pour autant la même attitude face à cette vague de défiance. « Ceux qui sont plus avertis et fréquentent les réunions d'actionnaires se sentent aujourd'hui plus à l'aise pour acheter dans une optique de long terme qu'à la fin du printemps dernier. Car le CAC à 4.273 points début 2015 est monté jusqu'à 5.269 points le 27 avril. Celui qui croit par exemple au retournement des banques ou de la pharmacie est beaucoup plus à l'aise aujourd’hui pour investir » souligne Aldo Sicurani.

« Parmi nos membres, il y a trois profils principaux. Premièrement, ceux qui viennent aux réunions pour s'informer mais ne savent pas quoi faire. Deuxièmement, ceux qui investissent sur le long terme, et voient aujourd'hui de bonnes opportunités sur des valeurs qui affichent un rendement régulier de 5/6 %. Troisièmement, des investisseurs qui font des allers/retours et profitent des creux exagérés débouchant sur des prises de bénéfices de 10/15 %. Ils font le même diagnostic que la première catégorie, mais plutôt que de ne rien faire, ils profitent de la volatilité sur de belles valeurs de qualité. On peut acheter à bon compte, mais on peut aussi se brûler les doigts, comme avec Vallourec», met-il en garde.

3 - UNE SITUATION DIFFÉRENTE DE CELLE DE L'ÉTÉ DERNIER

Alors, sommes-nous dans la même situation qu’en août 2015, lorsqu’une hausse de l’aversion pour le risque avait entraîné de sévères corrections sur les marchés ? Les investisseurs doiventils se ruer sur les actifs défensifs comme l’or ou le papier d’État le plus sûr ?

Pas nécessairement. Pour NN Investment Partners (ex ING), la forte volatilité actuelle justifie certes une certaine prudence, mais les faibles cours du pétrole devraient s’avérer positifs pour la croissance mondiale à moyen et à long terme, tandis qu’un yuan plus faible est justifié par les fondamentaux macroéconomiques de la Chine.

Dès lors quelle attitude adopter si l'on souhaite se couvrir ? « Les ETFs « inverses» (ou « bear ») sont des produits populaires qui marchent très bien », explique Aldo Sicurani. « Mais ce sont des produits à manier avec précaution. Notamment car la plupart répliquent le CAC dividendes réinvestis, ce qui peut occasionner des grosses divergences lors des versements de dividendes. Par ailleurs, le problème avec ces produits de couverture est qu'il ne faut pas y rester trop longtemps, quand le marché rebondit. Il faut donc être vigilant, » conseille-t-il.

Mais il faudra également savoir profiter du rebond« Si l’environnement est morose, on a le sentiment que 2016 risque d'être le miroir inversé de 2015, avec un mauvais premier semestre - notamment à cause d'échéances politiques en Europe - et un meilleur second semestre, à l'inverse de 2015 », conclut-il.

Face à des marchés houleux rendant les prévisions difficiles, les investisseurs français sont restés concentrés sur des stratégies boursières actions en 2015, souligne une enquête de Binck réalisée en janvier. L'an dernier, ils ont préféré investir à 94 % en actions, Air Liquide, BNP Paribas et Total ressortant dans le top 3 des achats.

« Cette phase de marché difficile ne prendra véritablement fin qu’à deux conditions : les investisseurs doivent être vraiment rassurés sur le rythme de la croissance mondiale et sur la capacité des entreprises à produire une progression, même infime, de leurs résultats; les observateurs occidentaux devront être convaincus par la stratégie des officiels chinois concernant le régime de change du yuan, l’action de leur banque centrale et la libre circulation des capitaux en Chine », estime Igor de Maack, gérant chez DNCA.

3 CONSEILS POUR BIEN GERER VOTRE PORTEFEUILLE

1 – Vérifier régulièrement vos positions, votre allocation par classe d'actifs, par pays etc.

Les phases de correction sont récurrentes sur les marchés financiers. Il faut donc savoir prendre du recul et se rappeler que si l’on fait les bons choix, en privilégiant les titres ou les supports de qualité, sur le long terme, ces supports devraient délivrer de solides performances pour votre portefeuille boursier. Il faut donc surveiller les répartitions par classe d’actifs, sectorielles et par pays. Et veiller à une diversification suffisante pour limiter les risques. Plus la valorisation d’un marché dans son ensemble est basse, meilleur est le potentiel de rendement sur le long terme.

2 – Utiliser les ordres « stop-loss »

Il s'agit également de gérer et de surveiller votre potentiel de gains… et de pertes. Pour cela, fixez-vous des objectifs raisonnables en termes de valorisations et de multiples. Sans être trop gourmand. Les ordres « stop-loss » permettent facilement de se fixer des objectifs quantifiés. Et se déclenchent automatiquement. Car il faut savoir prendre ses bénéfices... comme « se couper un bras » si nécessaire : quand un titre ou un produit perd trop de sa valeur, mieux vaut limiter les pertes en vendant.

3 – Conserver un niveau de liquidités suffisant pour profiter des creux du marché

Il faut se souvenir que vendre des actions quand les marchés baissent est la pire des décisions à prendre, à moins d’être un vendeur forcé (en raison d’appels de marge, ou de besoin de liquidités). En général, les paniques en Bourse constituent des fenêtres d'opportunités pour acheter un titre à bon compte, si l’on a une idée assez claire de sa juste valeur et de son potentiel d'appréciation.

La chasse aux bonnes affaires peut offrir l’opportunité d’acheter à bon compte des titres de qualité. Il faut toutefois se rappeler que puisqu’il s’agit de supports de qualité, la décote ne peut être très importante - à moins de mouvements de panique comme en 2008 ou en 2011. Mieux vaut donc faire preuve de prudence et se montrer sélectif.

N'hésitez pas à nous contacter pour discuter avec nous de votre allocation d'actifs personnalisée, en fonction de vos objectifs, de votre profils de risque et de votre horizon de placement.

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