L'assurance-vie plie mais résiste bien

Lu sur Intérêts Privés n° 773 - mars 2019 :

"Sans surprise, les performances des fonds en euros baissent à nouveau en 2018. Paradoxalement, ce nouveau recul ne remet pas en question l'attrait de l'assurance-vie.

Pas de miracle mais pas de réelle déconvenue non plus ! Pour la dix-huitième année consécutive, les rendements des fonds en euros enregistrent, sans surprise, une nouvelle baisse avec un taux moyen 2018 attendu autour de 1,60 %. Soit 0,2% de moins qu'en 2017 (qui avait agréablement surpris avec une moyenne de 1,80%, selon la Fédération française de l'assurance). « Outre le maintien à des niveaux très bas des taux obligataires qui conditionnent le rendement des supports en euros, les assureurs ont dû faire face en 2018 à une forte instabilité des marchés boursiers. Ce qui ne leur a pas permis de dégager autant de plus-values que les années antérieures et donc, de doper autant que voulu les performances de leur actif général » détaille Cyrille Chartier-Kastler, du site d'évaluation des contrats d'assurance-vie Good Value for Money (GVfM).

Pourtant certains fonds euros, aux rendements traditionnellement inférieurs à la moyenne générale, réussissent à se reprendre légèrement par rapport aux années passées. À l'image du réseau des Caisses d'Épargne dont la majorité des contrats connaissent un rebond de 0,10 % ou encore, de la Macif qui offre 0,30 % de plus qu'en 2017 sur son contrat Multi Vie (1,50 %). Quant aux autres fonds euros régulièrement en tête des classements, bien qu'en recul, ils tirent encore leur épingle du jeu avec des résultats toujours au-dessus des 2 % comme l'Asac-Fapès (2,48 %), la MIF (2,35 %) ou l'Afer (2,25 %). Certains même remontent comme Euro Exclusif (2,31%) de Boursorama Vie.

Mais comment font ces assureurs pour servir une rémunération jusqu'à 1,5 % supérieure à celle actuelle des emprunts d'État ? Plusieurs explications sont détaillées par Thomas Delannoy, directeur général de l'Asac-Fapès. « À raison de 0,36 %, nos frais de gestion sur notre fonds euros sont très bas par rapport au reste du marché. Ce qui contribue à la performance finale. Quant à notre actif, il est composé sur la partie obligataire d'un panachage entre obligations d'État et corporate ou assimilé. Enfin, nous ne nous interdisons pas de réaliser des plus-values pour alimenter le rendement et avons demandé pour ce faire à notre assureur d'aller chercher des poches de diversification en private equity notamment ».

Le matelas intact du rendement stocké dans la PPB

La performance globale des fonds euros en 2018 est d'autant plus honorable que les professionnels n'ont pas puisé dans leurs réserves pour gonfler artificiellement leurs résultats. Bien au contraire... L'heure est toujours à la prudence et nombreux sont ceux à avoir choisi d'alimenter une nouvelle fois leur « provision pour participation aux bénéfices » (PPB). Autrement dit, cette cagnotte dans laquelle ils peuvent placer jusqu'à 15 % maximum des gains réalisés au cours de l'année et qui leur permet de lisser dans le temps les taux de rémunération servis à leurs assurés. « En 2018, nous avons davantage re-doté notre PPB que nous n'avons pioché dedans », confirme Geoffroy Brossier, directeur commercial, marketing & offres Vie de Covéa, groupe d'assurances mutualiste regroupant MAAF, MMA et GMF. Même chose pour l'association Gaipare qui, en affectant une dotation supplémentaire de 15,2 millions d'euros à sa PPB, a permis à cette dernière d'atteindre 1,45 % des avoirs de son fonds en euros.

Fait nouveau, en 2018, ce sont bien les assureurs qui, d'eux-mêmes, ont pris le parti de la modération du taux du fonds en euros sans y être incités par la Banque de France. Quitte à décevoir un peu les épargnants... Mais, pourquoi font-ils ce choix au risque d'affadir l'assurance-vie qui reste le placement roi dans le patrimoine des Français (selon l'enquête Patrimoine novembre 2018 de l'INSEE) ? Précisément pour orienter l'épargne des particuliers vers les supports en unités de compte (UC) - source de diversification et de potentiels rendements – et la détourner en partie des fonds en euros. En effet, le problème de gestion auquel sont confrontés les assureurs n'est pas nouveau : toute collecte vers les fonds euros contraint actuellement les professionnels du secteur à investir dans des obligations peu rémunérées (0,60 % aujourd'hui pour les OAT 10 ans) contribuant de fait à diluer les performances de l'actif général de leurs contrats massivement investi (de 70 % à 90 %) dans ces obligations. Et, la situation ne semble pas près de s'améliorer. « Nous sommes dans un scenario où les taux devraient rester durablement bas », analyse Cyrille Chartier-Kastler.

Poutant aux yeux des assurés, « le fonds en euros, même moins bien rémunéré, reste un support très avantageux car il associe garantie en capital, protection des aléas du marché, sécurisation des gains et disponibilité des fonds à tout moment », poursuit Thomas Delannoy. Ce qui en fait une parfaite solution de repli pour pérenniser le capital quand les UC sont à la peine comme ce fut le cas l'année dernière.

Sale temps pour les UC

Exceptés les UC investies en immobilier, 2018 a en effet été une année de baisse pour les supports en unités de compte en raison d'un mini krach boursier (-11 % pour le CAC 40 en 2018). « De quoi craindre un reflux des épargnants, souvent averses au risque, vers les fonds en euros, supports plus sécuritaires de leur contrat », regrette Geoffroy Brossier.

Conséquence : si 2018 a parfaitement rempli les espérances des assureurs avec un taux de collecte des UC de l'ordre de 28 %, 2019 risque en revanche de voir les versements chuter sur ces supports. Une tentation dont les assurés seraient à plus long terme, les premières victimes... Car, certes encore alléchantes par rapport au taux de rémunération proposés par les produits d'épargne traditionnels – livret A en tête – les performances servies par les fonds euros sont loin d'être aussi positives qu'elles ne le laissent croire. Une fois les prélèvements sociaux retirés et l'inflation de 1,80 % déduite, leurs rendements réels 2018 sont en effet quasi-nuls. Voire, pour certains, négatifs... D'où l'importance pour conserver l'attrait de son contrat de continuer à profiter de la diversité des UC. Notamment en réinvestissant après les baisses, une fois le calme revenu sur les marchés.

 

Fonds « europierre » toujours au top

3,2 % pour Sécurité Pierre Euros, 2,90 % pour Euro Allocation Long Terme 2... cette année encore, les fonds en euros à dominante immobilière figurent parmi les produits les mieux rémunérés du marché. Des performances à mettre au compte de leur allocation d'actifs. À la différence des fonds en euros classiques majoritairement investis en obligations, ils privilégient la pierre aux rendements plus élevés (autour des 4,20 % en moyenne en 2018 pour les SCPI) et surtout, plus stables. Problème : pour maintenir leurs taux, ces produits limitent leur collecte et/ou imposent des contraintes de diversification en UC."

Lu sur Intérêts Privés n° 773 - mars 2019

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